Billet n°1 – « De la fin, on peut augurer le commencement »

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Ça n’aura pas fait « crac ». Pas de cheville qui flanche, pas de douleur fulgurante, rien. Et pourtant elle est bien là, cette fichue fissuration du 5e métatarse. C’est ce qu’on appelle communément une fracture de fatigue. Depuis plus de quatre semaines, impossible pour moi de courir ni même de faire quelque sport que ce soit. Alors pour m’occuper l’esprit et continuer à vivre ma passion (à travers les mots), voilà que je me lance dans ce fou projet de publier un blog sur la course à pied.

La fracture de fatigue : un mythe qui n’en est pas un

La fracture de fatigue, me disais-je, c’est rare, c’est un mythe, une légende ! Hélas…
Il y a quatre semaines, je m’élançais sur les routes et sentiers de Cheverny, dans le Loir-et-Cher (41) à l’occasion de la reconnaissance du semi-marathon qui aura lieu le 14 et 15 avril 2018. En très bonne compagnie, super motivée, voilà que je me lance comme défi de parcourir les 15km du parcours « coureurs novices ». J’étais plutôt habituée à en courir une dizaine, mais je voulais bouffer du kilomètre en vue de fendre l’air et le vent d’un trail court au mois de juin. Il pleuvait, ma vessie était au bord de l’éclatement et mon dos faisait de la compotée de disque, mais je me suis délectée de cette sortie (de 17km finalement). A l’arrivée, je n’en pouvais plus (mon métronome m’imposait une belle cadence) ; pour autant, j’avais le sentiment du devoir accompli.

Et la fracture fut…

Et puis le lendemain, ce fut le drame. Ce qui s’annonçait au départ comme une simple gène sur le flanc externe de mon pied gauche devint progressivement une douleur très vive. Je ne ressentais curieusement rien lorsque mon pied était au repos, mais la simple marche devenait vite un calvaire. Craignant un muscle déchiré ou une tendinite (naïve que j’étais !), je me précipite chez un médecin du sport. Il m’ausculte le pied, le manipule, l’observe, appuie là où je ressens une douleur à la marche, et le repose délicatement. N’ayant absolument ressenti aucune douleur lors de sa manipulation, je me convaincs aussitôt que décidément, non, il n’y avait peut-être pas de quoi s’inquiéter. Et puis, le couperet tombe, sans prévenir. Le médecin soupire, parait embêté, et il prononce ces terribles paroles : « ce serait bien une fracture ».
BAM ! Confortablement installée sur la table d’auscultation, j’oscille alors entre incrédulité et consternation. Refusant un temps de véritablement accorder ma confiance à son diagnostic, la radiographie, elle seule, est venue le confirmer. Fissuration du 5e métatarse. Pour ceux dont l’anatomie du pied est aussi claire qu’un chapitre de Proust traduit en latin, voici ce que c’est :

Je vous invite également à consulter quelques articles sur la blessure de Neymar, puisque, entorse à part, nous souffrons grosso modo de la même chose (c’est normal, nous sommes deux grands athlètes !)

Mais c’est quoi au juste une fracture de fatigue ?

Une fracture de fatigue, ou fracture de stress, ne fait pas suite à un choc ponctuel et traumatisant. Elle résulte le plus souvent d’une pratique sportive intensive et inhabituelle. En outre, elle est plus fréquente chez les femmes. Selon mon médecin, ses causes restent encore relativement mal connues et on peine à expliquer comment un os peut se fêler ou se briser suite à une activité plus longue dans le temps qu’à l’accoutumée. Pour autant, la fatigue, le manque de minéraux ou de mauvaises chaussures peuvent être responsables d’une fracture de stress.
Etant chaussée en Hoka One One, je doute vraiment que mes chaussures soient à incriminer. La fatigue et les carences (en plus de mon sexe) serait plus prompts à justifier ma blessure. Un autre facteur favorisant, dans mon cas (et selon moi) pourrait être mes appuis : un de mes sésamoides, sous le 1er métatarse du pied droit est complètement éclaté (là encore, cause inconnue). En conséquence, pour éviter de souffrir en dépit du port d’orthèse, je compense en orientant mes appuis vers les faces externes de mes pieds.

La reprise de la course comme horizon

Forte de ce diagnostic bienheureux (ah, ironie quand tu nous tiens…), me voilà coupée en plein élan. Je progressais tranquillement, tant sur les distances parcourues que sur mes temps. Abracadabra, fracture tu auras, performances tu perdras ! Voilà le mantra incessant que je ne cessais de rabâcher misérablement les premières semaines. Même si j’accepte un peu plus, dorénavant, ma blessure, je ne peux néanmoins pas vous cacher avoir quelques coups retentissants de cafard. Cela dit, j’essaie d’aller de l’avant et même… de prendre les devants.

Du repos, pour guérir et faire le point

Pour guérir d’une blessure de fatigue, il n’y a pas de miracle. Le repos est le seul moyen. Repos signifie ici qu’il faille limiter les appuis sur le pied dans un premier temps (les deux premières semaines) puis circonscrire son usage. Équipée d’une botte de marche, je peux poser le pied et presque marcher normalement. A l’heure où j’écris, je viens même d’atteindre le stade où je ne suis plus obligée de la porter. Mais rigueur et modération restent les maîtres mots : il me faut marcher avec (beaucoup) de ménagement et ce pour encore deux semaines au moins.

Cette magnifique botte, si peu saillante, m’accompagne partout.

Quand on a l’habitude et le plaisir de déambuler paisiblement dans les rues de la ville, de courir plusieurs fois par semaine et de pratiquer d’autres sports à côté, cette subite sédentarité imposée est d’abord vécue comme un emprisonnement et une véritable galère. Le seul sport qu’il m’était possible de faire consistait en quelques exercices de musculation CAF/TAF… C’est mieux que rien me direz-vous, mais quand même…
Ce vide soudain d’activité physique (et professionnelle) m’a permis de lire avidement, de renoncer – non sans tumultes dans ma petite tête et mon petit coeur – à participer à des courses auxquelles je m’étais préparée depuis des mois, et de faire le point sur ma vie, mon travail, mes aspirations. Très honnêtement, ce fut quatre semaines bien difficiles, et je remercie mes proches pour m’avoir entourée avec tant d’affection.

Regarder vers l’avenir et préparer de nouveaux challenges

Maintenant que je peux me permettre de crapahuter (très très modestement) avec ou sans botte (selon la douleur), je regagne un certain sentiment de liberté. Mes pensées vont et viennent comme ma silhouette claudicante dans mon quartier. Je me reprends à penser courses, challenges, défis. Je sais que la reprise de la course n’est pas pour tout de suite. Mais je sais aussi que dorénavant, je veux aller plus loin encore. Mon médecin m’a autorisé à pratiquer de l’aquabike en solo. Ainsi, je peux entretenir à minima mon cœur et mes jambes. Je ne compte pas m’avouer vaincue après cette épreuve. Evidemment, je me connais : il y aura encore des moments compliqués, de désespoir et d’abattement. Parfois je me sens poussée des ailes dès que j’avance d’un cran vers le chemin de la guérison pour retomber aussitôt quand je reprends conscience de mes limites.
Néanmoins, ces défis que je me lance pour demain sont des points vers l’horizon qui m’évitent de sombrer dans la désolation. Cette blessure me rend bien plus consciente de la chance que nous avons de pouvoir courir, de pouvoir ressentir du plaisir foulées après foulées, et de pouvoir évoluer librement dans des paysages variés.
« Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Tout est dit.


Pour plus d’informations :

    • Marathon et semi-marathon de Cheverny (41) : lien
    • Fracture de fatigue ou fracture de stress : lien

Le titre de l’article est une référence à une citation de Quintilien : « Du commencement, on peut augurer la fin ».

Remerciements : Merci à Aurélien et Mélissa pour héberger ce blog, née d’une subite lubie. Merci à mes proches, ma famille et à toi (oui, toi ! tu te reconnaîtras) pour m’entourer comme vous le faîtes, en dépit de mes humeurs et contrariétés. Merci à toi, lecteur, qui a eu l’immense courage d’avaler cette tartine égocentrée. Promis, la prochaine fois, je ferai plus court !
 
Crédits photographies : Image d’en-tête : avemario/123RF Banque d’images, Botte : www.djoglobal.com

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